Éléna Cohen va mourir. C'est sur cette réalité que débute le premier roman d'Annie Loiselle, une réalité dure, qui fait prendre conscience du temps qui a passé, des choix qu'Éléna a fait, contre son cœur, mais en accord avec sa raison, avec sa mère. Éléna a deux filles et elle n'est définitivement pas heureuse dans son mariage. À l'annonce de sa maladie, elle décide de se rendre au chalet, celui dans le village où Julien habite. Le Julien qui a tant fait chavirer son cœur, elle veut le revoir, malgré Maxime, son mari. Pour une fois, elle veut vivre sa vie à sa manière, sans penser aux lendemains, aux regards des autres. 

Composé de cinq parties distinctes, ce roman fait entendre les voix de la malade, de sa fille, de son mari, de la blonde de son ex ainsi que de sa mère. Si la première partie du livre est lente, un peu clichée puisqu'Éléna ressent soudain l'urgence d'écrire ce qu'elle a toujours voulu pendant sa vie, sans trouver le courage de coucher les mots sur papier, la suite est plus intéressante.

On retrouve un côté irrévérencieux, rebelle dans le récit offert par Jane, la fille d'Éléna. Loin d'être prête à perdre sa mère, la jeune femme est également à la recherche de sa propre identité, sujet classique de la jeune adulte qui part en voyage question de voir si elle ne peut pas se trouver ailleurs. En ce qui concerne la section de Maxime, mari éploré, c'est la thématique du deuil qui domine et Loiselle l'aborde de manière intéressante.

J'aurais aimé entendre la voix de Julien, personnage qu'on effleure trop doucement alors que j'aurais plutôt eu envie de tout connaître de sa vision de la vie, des événements. Si j'ai apprécié ma lecture, je suis décidément restée un peu sur ma faim avec la partie de Catherine, la blonde de l'ex, mais surtout avec celle de Ruth, la mère qui vient de perdre sa fille, fille qu'elle n'avait plus vraiment, même avant. 

Et j'aurais voulu déceler une différence de style dans l'écriture des sections puisque le narrateur n'est pas le même, n'a pas le même âge. Au lieu de ça, on se retrouve avec un style juste certes, mais d'une uniformité qui n'a pas sa place dans la forme proposée.